Jeudi 17 janvier 2008

 

 

Depuis quelques années, et même quelques dizaines d’années, Grenoble et son agglomération a vu apparaître des lieux culturels non-institutionnels. En leur sein, nous avons construit des expériences artistiques, culturelles, sociales et politiques qui n’avaient pas, ou peu, de place ailleurs. Au-delà de la particularité de chaque lieu, de chaque projet, de chaque lieu-projet, nous nous retrouvons autour d’une affirmation : fabriquer les espaces de nos possibles pour les pratiques et expressions culturelles les plus diverses

Création d’une cellule de veille :

Depuis plus d’un an se déroule un processus de débats, discussions, échanges et écritures. Ces rencontres nous permettent d’évaluer les dangers qui menacent nos espaces-temps et de mettrent en commun nos expériences.

Cela commence au Brise-Glace avec des « portes fermées » le 25 Juin 2006, suite à la destruction du Mandrak. L’histoire continue lors de l’assemblée générale de la Bifurk le 28 Octobre 2006 avec un débat intitulé : « attention démocratie culturelle en danger ».

Le 19 Avril 2007, la Mazurka est expulsable et accueille une projection-débat « Conquêtes d’Espaces » . La dernière rencontre a lieu à l’occasion des 30 ans de l’Adaep, le 26 Mai 2007.

Au cours de ce processus, nous avons réalisé que notre  en-commun  est l’essence même de nos projets.

 

 

… pour la défense de la démocratie culturelle

 

Ce manifeste s’adresse à chacun-e d’entre vous/nous. La conquête de l’espace, pour chacun-e, c ‘est trouver les outils et les moyens de créer ses libertés, c’est reprendre possession de son imaginaire et de sa créativité. Dans ce combat, la culture est centrale. De fait par « culture», il ne s’agit pas de considérer quelque chose de cadré, figé, catégorisé, mais bien des processus d’inventions au quotidien

Dans cette perspective, chacun-e doit avoir la possibilité de pratiquer la culture, de s’exprimer à travers elle, d’échanger et de transmettre grâce à elle. Défendre la démocratie culturelle, c’est défendre cette possibilité, ce droit, cette liberté.  

 

La démocratie culturelle a besoin de moyens

 

Ces moyens sont notamment des espaces. Des espaces qui ne s’inscrivent ni dans les circuits marchands de « l’entertainment » et du star-system ni dans les réseaux institutionnels de la culture « légitime ». Des espaces qui ne peuvent se réduire à des m². Ce sont des espaces de liberté et de diversité, d’expression et de créativité.

Ces espaces sont des lieux, nos lieux. Certains existent, d’autres sont à créer. Ils ne correspondent pas à un statut juridique spécifique. Ils peuvent être occupés, conventionnés, maigrement subventionnés, loués, achetés…

 

Ces lieux reposent sur des valeurs, des histoires, des relations, des affinités, des combats, des désirs, des projets… et non sur des logiques budgétaires ou des cahiers des charges.

Dans ces lieux, on peut y prendre le temps, aller à son rythme, faire ses erreurs. Chacun-e y a sa place au-delà de son sexe, de son âge, de son statut… et cette place n’est jamais assignée ni figée. On y trouve de la vie collective et de l’expérimentation, de l’ouverture et de la cohérence.

C’est pour tout cela que l’on s’y sent bien.

 

Ces lieux s’inscrivent en dialogue avec différents réseaux (artistiques, associatifs, militants…) mais aussi avec les territoires et les habitant-e-s/citoyen-ne-s.

Ils participent d’un mouvement général qui concerne la France, l’Europe, le monde et même Grenoble.

 

Qu'apportent ces lieux ?

 

Une richesse de pratiques artistiques, culturelles et sociales permettant l’émergence de nouvelles formes : chaque lieu est un espace de liberté dans lequel les acteur-rice-s de la ville (habitant-e-s, artistes, associations…) peuvent trouver le temps et les moyens de tenter, de débattre, de découvrir, de vivre.

Une richesse de réseaux multiples à différentes échelles territoriales, du quartier au monde : le croisement de ces réseaux permet le développement des dynamiques locales en privilégiant échanges et ouverture.

Une richesse économique: parce qu’ils reposent sur des systèmes économiques viables, beaucoup de gens se logent et se nourrissent grâce à ces lieux. En s’organisant autour des logiques de mutualisations (de matériels, de savoirs et savoirs faire), d’économies d’échelles et de solidarité actives (entre individus, entre collectifs), ces lieux s’inscrivent dans des formes économiques pertinentes et montrent que l’économie marchande n’est pas la seule possible.

Une richesse pour la vie urbaine : en donnant une nouvelle vie à des bâtiments laissés à l’abandon, ces expériences proposent une autre manière de penser la ville. Cette ville serait une ville à vivre et non à consommer,  une ville construite par ses acteur-rice-s et non par des bulldozers.

 

Des expériences menacées mais des expériences qui s’affirment

 

En permanence, ces lieux sont menacés, voire carrément en danger. Les choix en matière de politiques culturelles et urbaines laissent peu de place à des manières de faire autres, à des possibles qui ne sont pas « calibrés » par les pouvoirs publics. Certains de ces lieux ont déjà disparu (400 Couverts, Mandrak, La Mazurka, La Poulie…), d’autres ont été tronqués de leur projet avant de voir le jour (le projet du 10bis, rue Ampère). Les autres trouvent les chemins de la résistance dans la survie plus que dans l’existence.

Ainsi, lassés de quémander une reconnaissance institutionnelle illusoire, c’est sur notre reconnaissance mutuelle que nous nous basons aujourd’hui pour nous affirmer, reconnaissance de nos différences qui résonnent comme autant de complémentarités.

 

Forts de cette solidarité :

- Nous demandons aux pouvoirs publics de reconnaître un état de fait : ces lieux existent. Ils sont légitimes, leur existence est nécessaire. Cette existence peut prendre le chemin de la convention, de la subvention mais aussi du laisser-faire.

- Nous défendons que la culture ne peut être considérée comme un objet figé par des catégorisations et des calibrages hérités d’un autre temps. Il faut accepter la diversité culturelle et permettre à chaque forme et expression d’exister au même titre qu’une autre. Il n’y a pas de « grande » ou de « petite » culture, il y a des pratiques et il y a de la vie.

 

De notre diversité nous tirons notre richesse, et cette richesse est une force collective qui nous permet de résister et d’exister et qui nous permettra de soutenir toutes les initiatives émergeantes et dérangeantes qui viendront se glisser dans les interstices de la ville et de la culture.

 

 

En signant ce manifeste :

 

Nous affirmons être en veille permanente et de faire valoir notre force dès que cela s’avèrera nécessaire.

Nous affirmons défendre nos projets comme un tout qui perdrait un peu de sa richesse dès qu’il serait amputé même de la plus infime partie.

Nous affirmons la volonté de continuer à agir activement pour occuper des espaces publics, pour que des terrains soient laissés en friche, pour trouver une utilité aux bâtiments abandonnés à la spéculation immobilière, pour développer des lieux ouverts.



Ce manifeste n'est pas une fin en soi. Il participe d'un processus et affirme une dynamique offensive et défensive de la conquête de l'espace !!!!!!!!!!!

 

En construction : cartographie des conquêtes du territoire de Grenoble et de l'agglomération

Générique des lieux : 102, 400 Couverts, l'Adaep, La Baraque, Les Bas-Côtés, La Bifurk, Bora-Bora, Le Brise-Glace, CPA 1, CPA 2, La Charade, La cour des miracles, Le Crocoléus, La Flibustière, Le Mandrak, La Mazurka, La Mordue, Le Pandémonium, Parad is Yack, La Poulie/Parad is back, Le Résistor, Le Sing-Sing...




Signataires :























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